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avril 30, 2013 / ninannet

« Gustave »

Ces jours-ci le temps, pas terrible ! Le ciel pleure toutes les larmes de son corps. Mais son chagrin n’est pas perdu pour tout le monde puisque nos jardins regorgent d’eau et nos arbres et fleurs vont resplendir cet été.
Ma boite mail aussi, ce matin, m’a inondée de larmes de bonheur.
Pleine de mots d’amitié. Tous vos souhaits m’ont touchée.
Jusque-là le nombre des années s’empilait sur mes solides épaules sans que j’en porte le poids. Quand on aime on ne compte pas n’est-ce pas ? Alors je ne veux plus compter que sur votre fidèle amitié et je vous envoie mon plus beau sourire de gratitude.
Un autre cadeau. Par le plus grand des hasards (le coquin il sait que je crois en lui) ce matin justement, en ce jour spécial, je reçois une chronique très gratifiante pour mon « Gustave ». Très joli cadeau que me fait Annie Forest-Abou Mansour :

Gustave
AnnetteLellouche
A5 Editions (2012)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)
http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/

Pépé Charles, un ancien cordonnier, a pour seul confident et pour unique ami Gustave, un vieux chêne, « mon meilleur ami c’est lui, mon chêne. Je l’ai d’ailleurs surnommé Gustave, du nom de mon aïeul qui l’a planté. ». Cet arbre contre lequel il s’adosse chaque jour, décrit avec le champ lexical de l’humain (« corps », « bras », « tête »), doté d’un nom, d’un passé, d’une vie, est perçu comme un être vivant avec lequel le vieillard communique. Gustave, témoin discret, silencieux, loyal : « Il ne parle pas, mais il m’écoute et c’est très important de pouvoir se confier à quelqu’un qui ne te trahira jamais », a toujours partagé les moments joyeux et tristes de l’existence du vieillard désormais « rongé de solitude ».
Mais le jour de la fête du village, Simon, un garçonnet « ve(nant) juste de fêter ses huit ans », s’assied à côté du vieil homme qui se confie à lui tout en lui donnant une leçon de vie. L’ouvrage s’organise alors autour d’une situation traditionnelle dans l’histoire du roman : le face à face entre un sage et un novice, un vieillard et un jeune être, l’un à la fin de son existence, l’autre au début de la sienne. Le vieil homme raconte à l’enfant ses souvenirs « venus se fracasser dans sa tête comme la vague qui revient en force sur le bord d’une plage », sa rencontre avec Noëlle, tellement jolie, tellement souriante, « l’amour de sa vie », la mère de ses enfants, le bonheur fauché brutalement, (« quand le malheur décide de s’abattre sur quelqu’un, il ne prévient pas ; il est sournois, il fonce sur sa proie, jaloux de son bonheur »,) le présent douloureux : « Toutes ces rides que tu aperçois là sont arrivées d’un seul coup, comme pour mieux révéler mon triste sort ». Le vieillard délivre un message à l’enfant par la stratégie d’une complicité pleine d’une tendresse bourrue et d’une intense émotion. Il l’entraîne sur le chemin de la réflexion et de la vie en l’interpelant par des questions oratoires (« C’est comme le vent. Est-ce que tu le vois ? Non ! »), des impératifs (« Ecoute », « Observe la beauté majestueuse de la nature »). Gustave d’Annette Lellouche est une leçon de vie, de tolérance, dénonçant subtilement le racisme, cette « peur de l’autre, de l’inconnu », l’incompréhension entre les êtres, l’insuffisance de dialogue.
Gustave, ouvrage attendrissant à l’écriture limpide et poétique, « La végétation exubérante vibre au son des cigales l’été, grelotte sous le vent violent du mistral trois jours durant puis tout s’apaise et le ciel bleu, paré de son majestueux soleil, fait pâlir d’envie tous les promeneurs venus d’ailleurs », est piqueté d’humour, « sa démarche (au chat) féline lui donne un air légèrement snob », et d’émotion. Solidement construit, ce roman sur la nostalgie d’un passé qui semble à jamais perdu est semé de discrets indices annonciateurs de la fin. La logique de la narration est celle du souvenir rythmée par le leitmotiv récurrent « au pied du chêne » qui constitue l’arbre en véritable héros de l’histoire.
Les illustrations en noir et blanc réalisées par l’écrivain « à main levée » mettent en scène la narration, petits clins d’œil humoristiques et enfantins, créant tout à la fois une illusion de réel et de jeu. Gustave peut en effet être lu par des enfants. Il s’appuie sur des concepts exprimés de façon concrète à la faveur, entre autres, de la personnification de l’arbre, de l’humanisation du chat, mais c’est aussi un apologue philosophique destiné aux adultes, leur enseignant que la vie belle, fragile et éphémère doit être savourée avec humilité dans ses moindres instants et qu’il faut garder confiance en elle.

Encore merci pour cette belle route parsemée de pépites amicales.

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2 commentaires

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  1. Jacques Goyette / Avr 30 2013 9:14

    Un arbre comme ami, original. La critique est très bonne. Bravo Nina.

    • ninannet / Mai 1 2013 5:51

      Merci Jacques. En fait « Gustave » c’est le refuge de Pépé Charles et c’est ce qui a mis en confiance Simon, l’enfant venu chercher son secret de famille.

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